Bourgogne, piments d'Espelette et tapenade, comme à la maison

Publié le par LAO.Nord

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Arequipa, mardi 22 septembre,

L'horloge de ma chambre s'est arrêtée et je mesure désormais l'heure à la température de la chambre. Le Printemps s'est bien installé. Et dès 9 heures, ça commence à bien chauffer. A partir de 10 heures, c'est intenable. Il faut jeter toutes les couvertures et se ruer à la douche pour trouver un peu de fraîcheur. Etape suivante, achat de petits pains pour le petit dej et je file sur Internet car il est déjà tard.

J'essaye un nouveau resto, las Quenas, dans la rue Santa Catalina, en face du couvent. Belle maison aréquipénienne en pierre de lave blanche avec porche et cour intérieure baignée de soleil. Sandwich de lomo et palta avec une viande exceptionnellement tendre et fondante sous la dent. Avocat trop mûr en revanche, demain j'arrête.

Je file à Casa Verde. Patricia est sur le pied de guerre. Elle doit terminer les comptes justifiant les dépenses de la maison et expliquer rapidement le fonctionnement de la maison à Juan Carlos, un nouveau prof qui devrait, à terme, s'occuper de Casa Trampolin Varones, puis filer chez elle. Elle est arrêtée pour 9 jours en raison d'une mauvaise chute sur le coccis et d'une douleur qu'elle traîne depuis plus d'une semaine. La vie à Casa Verde n'a évidemment rien arrangé, en permanence monter et descendre les escaliers, rester debout toute la journée...

Dans la pièce d'à côté, nous entendons Crisolcrier et frapper du poing sur la table. Lui, si calme d'ahbitude, qui a bien pu le mettre dans un état de rage pareil ? J'apprends qu'il fait la leçon à Soila, l'une des adolescentes, qui a eu un "mauvais comportement". Je n'en saurai pas plus et ne pose pas de questions.

Patricia me confie les clés des différents almacenes et du petit cabinet médical. Hannah, quand à elle, détient les clés du salon d'étude où sont stockés les livres et les fournitures scolaires. Je vais remplacer Patricia en son absence. Première mission, peser et mesurer tous les enfants et faire le point sur leur état de santé. Distribuer une vitamine effervescente à chaque enfant pendant le déjeuner. Demander au señor de la leche, qui passe vers 15h30, d'interrompre momentanément son approvisionnement. Donner à Juan Carlos son paquet de friandises. Pour le reste, c'est comme d'habitude. On connais le planning.

Les enfants se lèvent atrocement tôt, 5h40. Ils doivent faire leur toilette, leur lit, leurs tâches ménagères, puis prendre leur petit déjeuner. Ils filent à l'école à 7h30 car les cours commencent à 7h45 avec l'heure d'été. La señora Mercedes, qui fait les tournées de nuit, se charge fort heureusement de cette partie de la journée !

 
Ils sortent de l'école vers 14h45 et déboulent à Casa Verde vers 15h. Ils doivent laver leur tupperware et leur bouteille, puis monter déposer leur sac à dos dans la salle de classe, se changer, se laver les mains et descendre déjeuner. Ensuite, brossage de dents, lessive de la chemise de l'uniforme, et du petit linge.

A 16h, ils doivent théoriquement être dans leur salle d'étude, mais je trouve que l'horaire est trop serré et littéralement impossible à respecter... Ils étudient à minima jusqu'à 17h30 mais, bien souvent, jusqu'à 19h, l'heure du dîner. Ils doivent ensuite se brosser les dents. Souvent, je pars à ce moment là mais je crois qu'ils ne se couchent qu'à 21h ou 21h30, après avoir regardé un peu la télé. Je ne sais pas comment ils font pour tenir le coup !

Ils doivent aussi caser leurs cours de hapkido et de volley, souvent le soir de 17h30 à 19h, les visites au psy une fois par semaine, pour ceux qui sont concernés, et tous les imprévus... Le week-end, en particulier le samedi, il y a souvent des activités et le planning est un peu chamboulé. Normalement, cours de hapkido le matin. Le dimanche matin c'est le grand décrassage de la maison. Certains reçoivent aussi des visites d'amis d'école ou de membres de leur famille, mais la plupart ne voient plus leur famille...

 

Les enfants arrivent et Crisol leur présente le nouveau professeur et vice versa. Juan Carlos a de l'expérience en tant qu'enseignant en primaire. Il va rester avec nous cette semaine, en l'absence de Patricia, en attendant de prendre ses attributions à Casa Trampolin Varones. Il m'aide à distribuer le repas, servir l'orangeade et répartir les vitamines.

Après déjeuner, je monte, comme d'habitude, surveiller la lessive sur la terrasse. Il n'y a plus de poudre. Aucune de mes clés ne fonctionne pour ouvrir la pièce où sont stockées les réserves. Crisol non plus n'a pas la clé. Nous trouvons un savon de Marseille en substitution. Je retrouve Juan Carlos, qui estime aussi efficace de nettoyer à la brosse, sans lessive ! Pablo et Karina ont fait de même ! Je récupère Kristel, qui, elle, suit les consignes et lave correctement sa chemise. Entre temps, j'ai été rattraper Alonso qui avait abandonné sa tâche de nettoyage du comedor et se cachait dans sa chambre.

Avant de monter dans les salles de classes, je donne son médicament pour le foie à Marisol. Andrés est chargé d'accompagner Johann et Mónica chez le psychologue pour enfants à 16h. Le nouveau professeur est déjà à l'oeuvre et s'occupe des plus grands tandis qu'Hannah s'occupe des plus petits. Je l'aide en travaillant avec Kristelà son devoir d'Anglais, tandis qu'Hannah termine avec Jesús.

Je dois ensuite superviser le tout car Hannah et Crisol partent pour Trampolin Varones pour le cours de hapkido. Karina et Jesús crient et font un bruit intolérable et je peine à y mettre le hola. Je donne des plages horaires à Alejandro, Marisol et María pour l'utilisation de l'ordinateur pour leurs recherches sur Internet et leur travail sur Power Point. Je contrôle les dessins des planètes du système solaire qu'ont réalisés Juan Carlos et Jorge. Je signe les agendas.

Il y a un tirage au sort de matériel scolaire aujourd'hui à 17h. Mais Crisol estime que nous n'avons pas assez de personnel pour déléguer quelqu'un. Quel dommage, le grand prix était un vélo qui serait tombé à pic pour remplacer les deux qui ont été cassés...

Je passe le bouquin de Jules Verne à Soila qui s'ennuie toute seule dans sa chambre et autorise ceux qui ont terminé à regarder les dessins animés. J'appelle les enfants, un à un, pour les mesurer, les peser et faire le point sur leur état de santé, laissant le nouveau prof aux commandes avec ceux qui n'ont pas fini leurs devoirs. Alonso est ravi d'avoir pris du poids ! Jorge est déçu d'être moins haut que Pablo et Juan Carlos. Karina veut en terminer au plus vite pour retourner voir les dessins animés. Johann veut toucher à tout dans le cabinet médical. Judit ne veut pas enlever ses chaussures car elle pue des pieds.

Côté santé, quasiment tous les enfants ont mal à la gorge, certains ont le nez qui coule et parfois même de la sinusite, beaucoup toussent. Karina a mal à la tête quand elle est en classe. Alejandro est rapidement essoufflé. Heureusement, Jésus et Johann sont en grande forme.

Le professeur Crisol m'apprend une bonne nouvelle. Deux Italiennes sont passées le voir cet après-midi pour du volontariat et l'une d'entre elles est infirmière. Elle va venir une fois par semaine contrôler l'état de santé et d'hygiène des enfants. Ce ne sera pas du luxe. En plus, cela ne fera pas de mal d'avoir une professionnelle sur ce sujet !

C'est déjà l'heure de faire réchauffer le repas. Mercedes m'appelle de Casa Trampolin Varones et me lance un SOS. Il n'y a plus de gaz là-bas pour faire réchauffer le repas et les garçons meurent de faim. Elle m'envoie deux garçons qui viennent récupérer du gaz chez notre voisin.

Je fais le service mais ai mal évalué les quantités. Il ne reste plus rien et il me reste 6 assiettes à servir ! Je répartis à nouveau les quantités de manière plus équitable, inquiète des toutes petites portions. Mais les enfants, eux, sont enchantés de se débarrasser de leurs lentilles chez leur voisin de tablée et certains passeraient même volontier directement au riz au lait du dessert.

J'ai oublié de compter Soila qui se contente d'une portion de riz au lait... Jesús, Karina, Kristel et Juan Carlos se débrouillent pour ne pas terminer leur assiette. De guerre lasse, Hannah et moi prenons leur part de riz au lait. Il en reste encore une qui va faire le bonheur de Mercedes qui prend sa tournée de nuit qu'elle enchaîne avec son après-midi à Casa Trampolin Varones où elle n'a pas eu le temps de manger.

Pendant que les enfants vont se brosser les dents, je monte faire mon rapport dans le cahier d'informations, annotant consciencieusement les éléments importants de l'après-midi et passe les messages important à Mercedes. J'ai oublié de donner les médicaments avant le dîner et il faudra les donner une heure après le brossage de dents. Johann n'a pas terminé ses devoirs, étant rentré tard de chez le psy.

Hannah reste finalement pour aider Johann et je rentre avec Crisol qui me félicite à nouveau pour mon travail. Il trouve que l'on n'a pas besoin de me dire ce qu'il faut faire, je trouve d'instinct. Ils me font totalement confiance avec Patricia. Nous parlons de mes projets de voyage et professionnels et je lui dit que s'il a besoin de quelqu'un d'ici 9 mois, mais rémunéré cette fois, on pourra se recontacter.

Crisol me raconte ses débuts à Casa Verde, quand il n'y avait pas encore de route asphaltée pour relier Arequipa à Cayma et que la piste était percée de nids de poule et d'ornières, rendant impossible le passage des carros. Les professeurs devaient faire tout le chemin à pieds ! Avec les journées bien remplies, qui durent parfois 12 heures d'affilée et la fatigue consécutive, Crisol rentrait parfois chez lui épuisé et bien content d'en avoir terminé... Quelle implication et quel dévouement ont tous ces professeurs !
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De retour à la maison, je me renseigne auprès de la abuela pour un bon restaurant avec des plats à emporter dans le quartier. Elle m'indique le Pollo Real, non loin de là. Je commande mon quart de poulet mais, lassée jusqu'au dégoût des papas fritas, je demande, en échange, une purée, qu'on m'assure faite maison. En réalité, je vois le portier du restau revenir avec une portion achetée chez un confrère et emballée dans un sachet plastique...

En retournant voir la abuela pour emprunter un tire-bouchon, je tombe sur Fernando, son petit-fils, qui me propose de venir me rejoindre après le dîner pour prendre quelques verres sur la terrasse. Je prends mon petit apérocomposé de biscuits salés aux piments d'Espellette et de tartines de tapenade qui accompagnent savoureusement le Bourgogne pinot noir offert par Flo et Xav. Je me régale et retrouve les saveurs du pays.

Après dîner, Fernando branche la sono sur le toit et part chercher quelques bières que nous consommons en discutant musique (Fernando est batteur dans un groupe de rock métal), bon ou mauvais voisinage entre pays limitrophes (le Pérou étant au pire avec son voisin chilien, et pas franchement beaucoup mieux avec son voisin équatorien), différences culturelles entre France et Pérou, etc.

Publié dans Pérou

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