3ème frontière

Publié le par LAO.Nord

Piura, Loja, dimanche 25 octobre,

Levée vers 7h30. Douche froide, comme prévu, mais supportable. Je prends un taxi jusqu'au Terminal de bus et arrive à 8h10 avec une heure vingt d'avance pour mon bus. Le vendeur, tout comme mon chauffeur de taxi et l'aubergiste, me déconseille d'aller au marché, réputé dangereux, avec mon sac à dos. Je me contiens, ayant été avertie par trois fois, et attends sagement dans le terminal jusqu'à l'heure du départ. Je ne vais même pas pouvoir liquider mes derniers Soles et m'acheter plein de bonnes choses, quel dommage !

9h30, on s'ébranle. Je bouquine mon livre sur les fourmis, somnole un peu, pas de film. La musique de cumbre de toujours. Je commence à connaître tous les hits par coeur. Paysage de désert, broussailles, on pourrait presque se croire en Afrique par moments. L'architecture des maisons change subrepticement. Maisons basses sur un seul étage, toits en tuile à double pente, hamacs suspendus sous la sous-pente, famille prenant le frais devant leur porte, nous arrivons sous des climats où la nonchalance est de mise. Je découvre émerveillée d'énormes arbres ressemblant à des baobabs, entièrement verts bronze et qui me font penser à des personnages de Hulk débouchant à l'improviste.

 

Il est midi quand nous arrivons à la frontière. Police, douane péruvienne. Je ne suis restée "que" deux mois au Pérou, s'exclame le douanier, je trouve pourtant que ça fait pas mal déjà pour un visa touriste ! Je traverse le pont sur la rivière qui sert de frontière entre les deux pays, fait estampiller mon passeport en deux temps trois mouvements côté équatorien, et hop, je remonte dans le bus, qui démarre aussitôt.

 

Un passager asiatique me demande si j'ai eu un tampon équatorien et je lui montre mon passeport avec le visa valable jusqu'au 20 janvier 2010. Il ne s'est pas arrêté de ce côté de la frontière ! Je demande à faire arrêter le bus pour que le passager puisse remédier à cet oubli fâcheux. Mais le chauffeur continue. J'argumente avec l'accompagnateur qui ne veut pas prendre du retard. J'explique qu'il n'y en a pas pour plus de 5 minutes et qu'il aurait dû donner des explications aux passagers. J'ai pu me débrouiller en demandant à trois reprises où m'arrêter car rien n'était indiqué mais le pauvre Taïwanais qui ne parle pas un mot d'Espagnol s'est évidemment retrouvé en difficulté. On me rétorque qu'il n'a qu'à prendre un taxi pour nous rejoindre à l'agence de la compagnie de bus où nous allons nous arrêter pour déjeuner. Je ne le sens pas du tout. Je prie, supplie, et ils finissent par accepter de s'arrêter. Tout ce temps perdu à discutailler et maintenant, nous avons parcouru du chemin que le Chinois doit faire en courant.

Pendant que Li part faire estampiller son passeport, ma voisine me demande si nous voyageons ensembles. Je répond que non mais que c'est de la simple entraide entre voyageurs. Que ce n'est pas facile quand on est étranger d'autant plus quand on ne parle pas la langue. Le chauffeur aurait dû nous donner des explications. J'essaye d'inculquer un peu de civisme. Ici la solidarité et le civisme sont des qualités qui manquent cruellement. Ce n'est pas de la méchanceté, juste un manque de prévoyance, d'organisation et une pensée court-termiste prévalant.

Nous repartons. On s'arrête effectivement peu après dans la ville de Macará pour déjeuner. Je suis le chauffeur et son acolyte qui s'arrêtent dans le boui-boui du coin. Je fais signe à Li de me rejoindre, histoire qu'il ne se perde pas encore une fois. Nous commandons le menu du jour. Et je n'ai pas bien compris au départ mais c'est consommé plus poulet et non l'un ou l'autre. Gargantuesques portions. On me sert d'office un soda couleur fraise, et non un coca, je refuse en bloc.

Je discute avec Li en Anglais. Il vient de terminer les 6 ans qu'il devait à l'Etat pour avoir financé ses études de médecine. Il s'est spécialisé en pédiatrie. En attendant de rechercher un travail, il prends 4 mois de congés, parti du Pérou, il va traverser l'Equateur et se rendre en Colombie, décidément une destination très prisée des back-packers !

Nous devons y aller. Nous laissons la moitié de nos plats et attendons le change qui semble toujours être une denrée rare. Heureusement, il me restait tout juste trois dollars en liquide ! Li, lui, n'a qu'un billet de 10 dollars. On lui rend des pièces équatoriennes !

Bien calés par ce copieux repas, nous reprenons la route. La chaleur se fait de plus en plus pesante mais je garde mon rideau ouvert, fascinée par la beauté du paysage. Nous prenons de l'altitude et nous retrouvons entourés de massifs de montagnes recouvertes de végétation. La région semble beaucoup plus humide. Les arbres ne manquent pas. La végétation est luxuriante. Les vallées semblent bien irriguées. Ça tournicote dans tous les sens. Le soleil brûle. L'heure chaude rend les passagers somnolents. Nous nous arrêtons régulièrement pour faire monter et descendre des passagers. Je m'endors et me réveille par à-coups.

Enfin, le soleil baisse, nous arrivons dans une grande ville que je soupçonne être Loja, erreur, il reste une heure de trajet. Et moi qui pensais arriver vers 17h30. Nous entrons dans Loja alors que la nuit tombe. Au terminal, j'attends Li qui sort son Lonely Planet pour trouver un hôtel. Il me laisse regarder pendant qu'il va se renseigner pour ses prochaines étapes. Je repère l'hôtel Londres mais il va falloir prendre un taxi. Li revient et pour la première fois depuis le début de mon voyage, il y a une queue à l'arrêt des taxis et plus de passagers que de véhicules ! Nous nous éloignons du terminal. Je vais pour prendre un bus mais Li n'y semble pas très enclin. Nous continuons notre chemin et finissons par arrêter un taxi qui accepte de nous prendre. Un passant nous demande si tout va bien et si notre taxi a bien compris où nous nous rendons dans un Anglais parfait. Pas de problème.

Arrivés à l'hôtel Londres, nous avons droit à de minuscules chambrettes pour la modique somme de 5 dollars. Impec. Je passe une tête dans la chambre de Li pour lui proposer d'aller faire un tour en ville et dîner ensembles. Nous arrivons vite à la place d'armes qui semble le seul coin animé en ce dimanche soir. Sous les arcades, des femmes tiennent des stands présentant de petits pains en formes de bonshommes et une boissons qui ressemble à de la sangria.

Pour l'instant, nous cherchons un distributeur pour faire du cash. Le premier que j'avise fait flipper la carte et n'accepte ni Visa ni Mastercard. Le second est tellement trompeur qu'on appuie sur ok avant d'avoir vu qu'il fallait rentrer son code, ce qui a pour effet de bloquer la carte Mastercard. Deuxième tentative avec Visa, refusée ! Troisième distributeur, enfin familiarisés aux drôles de machines locales, où il faut retirer sa carte avant de rentrer son code, nous pouvons enfin obtenir des dollars !!!

Retour sous les arcades, je me décide à demander en quoi consiste ce surprenant breuvage. Il s'agit de chicha morada et de jus de fruits avec quelques morceaux de fruits, servie chaude. Sorte de sangría ou de vin chaud sans alcool. La vendeuse nous fait goûter, miam. J'en prends un petit verre. Ces friandises se font au moment de la fête des morts. S'ils commencent une semaine avant, ça doit être quelque chose !

Nous nous arrêtons ensuite dans le seul resto qui semble ouvert dans le coin. Sorte de rôtisserie, végétariens s'abstenir... Je commande un churrasco, plat local dont j'ai oublié le goût. Énormes plâtrées soit disant pour 1 personne mais qui suffiraient amplement pour deux. Viande en sauce avec oignons et poivrons, riz, frites, bananes frites et oeufs au plat ! Décidément, on ne mange pas forcément bien, mais copieusement... Nous rentrons ensuite nous coucher à l'hôtel. Il n'est que 21h mais je suis épuisée de ma journée à ne rien faire... Après quelques pages de mon livre, je m'abandonne au sommeil.

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