5 écosystèmes dans la journée

Publié le par LAO.Nord

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Cuenca, jeudi 29 octobre,

7h, le réveil sonne. Je passe à la douche, prépare mon petit sac d'excursion et boucle mon gros paquetage que je confie à l'aubergiste pour la journée. Je me rends comme convenu sur la petite placette Santa Anna pour le rendez-vous avec l'agence. J'ai le temps de prendre un jus d'orange pressée à emporter dans un sac plastique avec une paille dans un petit stand voisin qui tombe à pic, le reste des commerces étant encore fermés à cette heure matinale. J'achète aussi un litre d'eau et deux bananes en en-cas pour la rando.


Sur la place, des marchands installent leurs petits stands de babioles. Je m'assois sur un petit muret où je termine mon quatre quart en buvant mon jus. Après une bonne demi-heure à guetter, ne voyant toujours rien venir, je me rends à l'agence, non loin de là, m'inquiétant d'avoir été oubliée dans le ramassage. Ils ont du retard. Ils ont dû passer chercher une passagère qui aurait dû les attendre à l'aéroport.

DSCN4533Le guide passe me cherche à l'agence et je cours pour monter dans le minibus arrêté au beau milieu de la rue. Deux Colombiennes, dont l'une porte le jolie prénom d'Alba, sont déjà à bord. Nous passons encore chercher un couple d'Australiens puis un couple de Néo-Zélandais. Nous nous rendons ensuite dans la commune voisine de Baños où Victoria, une Chilienne en colloque de chimie, nous rejoint. Nous sommes au complet et filons vers le Parc National Cajas dans un paysage de montagnes verdoyantes.

En passant, nous observons de prestigieuses maisons d'expatriés ayant fait fortune aux Etats-Unis principalement, mais aussi au Canada, en Espagne et en Italie, terres de prédilection des émigrés équatoriens. La tradition, ici, nous explique Juan, notre guide, est de ne pas habiter la maison avant le retour de l'homme qui l'a financée. A la place, on y installe poulets, cochons d'inde et autres animaux d'élevage ! Le mari revient souvent, après 20 ans d'absence, pour faire la surprise à sa famille, et c'est bien souvent lui qui est surpris de retrouver sa femme dans le lit d'un mozo, jeune profiteur, qui vit au crochet de l'épouse délaissée, elle-même entretenue par son mari à distance. Pas étonnant après une si longue absence. Les maris entretiennent eux aussi généralement une double vie dans leur pays d'adoption. La coutume veut que l'on impressionne son voisin avec la plus belle maison, la plus belle voiture, etc. Le culte de l'apparence règne ici en maître.

DSCN4552Juan nous raconte encore les trafics de drogue qui sont monnaie courante sur la route que nous empruntons et qui mène à Guayaquil, la première ville du pays, sur la côte pacifique, et qui n'a pas du tout bonne réputation. Du jour au lendemain, on voit des gens rouler en grosse cylindrée, après avoir passé un petit paquet d'ecstasy, de cocaïne ou de marijuana. Ici, même la feuille de coca est interdite, contrairement au Pérou et à la Bolivie, où l'usage est très répandu tant qu'on ne passe pas la frontière.

 

Victoria, qui arrive tout droit de Guayaquil, nous raconte que 3 personnes sur les 500 que comptent son congrès, se sont faites emmener par de faux taxis malveillants dans des rues désertes pour se faire dépouiller, parfois sous la menace d'un revolver. Décidément, je n'ai aucune envie de mettre les pieds à Guayaquil. Je vais rester dans la Sierra, beaucoup plus paisible.

DSCN4568Nous arrivons dans la partie la plus basse du Parc, plus de 3000 mètres tout de même, où nous faisons une courte ballade autour d'une lagune, à la confluence de plusieurs rivières. Certaines d'entre elles couvrent plus de 7000 kilomètres pour aller se jeter dans l'Atlantique, tandis que d'autres couvrent 200 kilomètres en direction opposée vers le Pacifique. Petit chemin inca, lamas pâturant, sommets recouverts de forêt primaire appelée cloud forest.

 

Juan nous fait découvrir l'aguacatillo, produisant, comme son nom l'indique, de petits avocats. Il nous apprend que le terme "palta", utilisé au Pérou et en Bolivie pour désigner l'avocat, vient en fait d'un nom Quechua, employé par les Incas, ayant nommé le fruit d'après le peuple du même nom, qui en faisait une grande consommation. Le nom de la tribu est resté. La population, elle, a été intégrée à l'immense Empire Inca. Juan nous montre aussi un arbre aux jolies fleurs rouges et produisant un fruit vert oblong, qui produit une substance hallucinogène, deuxième drogue du pays la plus consommée après la coca.

 

DSCN4578Nous reprenons la route pour monter jusqu'au lieu dit Tres Cruces, emplacement à la mémoire d'un groupe de randonneurs ayant souffert du Soroche au point de tomber et de se laisser mourir de froid. En hiver, la température peut atteindre -20 degrés la nuit ! Notre groupe ne semble pas atteint du mal des montagnes heureusement.

 

Nous laissons les deux mamies colombiennes ainsi que Victoria, qui a fait la fête la veille jusqu'à 2h30 du matin et a dû se lever à 5 heures pour rejoindre Cuenca, entre les mains du chauffeur, Don Romulo, qui les conduira au point d'arrivée de notre randonné. Nous partons donc avec les Anglophones pour 3 heures de randonnée.

 

DSCN4598Le Parc est composé de 5 écosystèmes. Après la "forêt de nuages", le second écosystème que nous traversons, le Páramo,  se compose d'herbacées, de petits cactus mourant à petit feu, au sens propre du terme, puisqu'ils se calcinent pour se réchauffer. Nous marchons ensuite sur un tapis de mousse spongieux. Juan nous montre de petites herbes qui transforment l'eau en gel pour y piéger des insectes, ce sont des plantes carnivores !

 

Nous rentrons ensuite dans une forêt de quinoa ou arbre en papier. En effet, ces arbres ont la pelade, leur écorce ultra-fine, se détache sous la main, produisant de fines feuilles, semblables à du papier à cigarette, d'ailleurs utilisé à cet effet. Véritable imbroglio de branches. Nous marchons entre les racines, faisant bien attention à ne pas trébucher. Nous débouchons sur une série de lagunes dont l'une est morte, envahie par de hautes herbes qui en consomme l'oxygène et tuent ainsi toute vie animale.

 

DSCN4600Nous terminons la ballade en 2 heures, bien en avance sur le planning, mais Don Romulo ne tarde pas à arriver avec son équipage, ravis de leur petite promenade, beaucoup plus tranquille. Après cette petite mise en jambes à plus de 4000 mètres d'altitude, je me sens admirablement bien, ressourcée, revigorée, ne ressentant nulle fatigue, au contraire, je me sens beaucoup plus en forme qu'en partant. Ce doivent être les endorphines qui font leur effet, ou encore l'air pur des sommets, la beauté du paysage, le calme reposant de la nature, préservée de la main de l'homme et du bruit de la civilisation.

 

Nous nous arrêtons pour déjeuner tardivement dans une chouette maison très haute de plafond où on nous sert des jus de mûres fraîchement pressées (énormes, je les ai vues la veille sur le marché), un petit apéritif composé de plantes diverses, puis une locra de papas, exquise soupe épaisse et orangée, où nage un avocat fondant à souhait, et pour finir une truite frite tout droit pêchée dans les rivières voisines accompagnée de yuccas.

 

DSCN4611Après un petit café, nous reprenons la route de Cuenca où l'on me dépose devant mon hôtel. Je reprends mon bagage et décide de passer la nuit dans l'hôtel Pichincha, à quelques quadras de là, espérant mieux dormir que dans le précédent hôtel. Je patiente dans le hall en attendant que se libère l'ordinateur. C'est alors que je suis interrompue dans ma lecture par le couple de Tchèques que j'avais rencontré à Chacaltaya en Bolivie ! Sur le coup, je ne les remet pas tout de suite, sans les bonnets et après plus de deux mois... Eux m'ont reconnue à mon bâton de randonneuse !

 

Nous discutons un petit moment puis je prends possession de l'ordi et ai l'agréable surprise de chatter avec Béa depuis l'Australie ! Petit post, contrôle des comptes. Rapide calcul, sur les 45 derniers jours, j'ai dépensé en moyenne très exactement 25 Euros. Pas fait exprès mais je suis pile dans le budget ! J'ai arrêté de tenir mes comptes journaliers depuis Arequipa, très rébarbatif, depuis, je fais des louches approximatives au feeling. Apparemment, ça fonctionne plutôt bien !

 

Hier, j'ai quitté le Café Eucalyptus avec un petit pincement au coeur, pensant passer la nuit prochaine à Cañar, mais mon changement de planning me donne l'occasion d'en profiter une fois de plus, et je ne m'en prive pas ! Ce soir, il y a un concert live à partir de 22h30 à l'occasion des fêtes de la ville, entre Halloween, la Toussaint, la fête des Morts et la fête de Cuenca le 3 novembre, il y a de quoi faire ! Je ne sais pas si je tiendrai jusque là ! Toute occupée à mon journal, je ne me suis même pas aperçue qu'ils avaient oubliés de prendre ma commande pour dîner...

Publié dans Equateur

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