Dans Boeng Tumpun avec les assistants sociaux, fete Franco-Khmere en mode delire total

Publié le par LAO.Nord

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Phnom Penh, vendredi 28 mai,

 

Levée 6h30. J'arrive a 8 heures pétantes dans le bureau du département social. On m'oriente vers Sophay avec qui je vais passer la demi-journée. Ce dernier me fait patienter, le temps d'aller chercher sa motocyclette qui était en réparation. Nous partons pour le quartier de Boeng Tumpun qui fait partie des différentes zones dans lesquelles rayonne PSE. Nous commençons la matinée en nous rendant a l'école publique locale dont le terrain a été acheté et la construction des bâtiments finances par PSE. Le directeur me fait un petit speech pour m'expliquer tout ça dans un Anglais très approximatif.

 

Je m'installe ensuite avec Sophay et un autre assistant qui ont réuni quelques enfants autour d'une table dans la cour. Ils interrogent les enfants un a un pour créer un dossier. Ils ont toute une grille avec les coordonnées, le statut social, les revenus, les possessions, le détail de chaque individu vivant dans le foyer avec son âge, son état de santé, etc. L'autre assistant doit partir avec deux enfants car ils sont trop petits pour répondre aux questions et expliquer leur adresse. Les enfants vont donc le guider jusqu'à leur maison.

 

DSCN2289Une fois leur dossier rempli, Sopheak emmène a son tour deux gamins. Nous montons donc a quatre sur la motocyclette. Une vraie expérience car je suis tout a fait a l'arrière avec limite un bout de fesse qui dépasse et les pieds en l'air vu que je ne peux atteindre les pédales. Nous arrivons sans encombre dans la demeure du premier enfant. Celle-ci est en dur mais inachevée. Les mur sont en ciment a nu, attendant d'être peints.

 

La famille nous accueille sans poser de questions et me propose de m'asseoir mais je ne veux pas m'incruster dans leur chez eux et préfère rester debout. Sopheak m'explique qu'il faut absolument que je m'assoie car dans la culture khmère, ce serait malpoli de refuser une invitation a s'asseoir. Je me pose donc sur le seul meuble de la pièce un grand lit en bois qui sert aussi de table, etc. Tous les voisins sont venus assister a l'entretien, attires par leur curiosité.

 

DSCN2291Sopheak m'explique qu'il doit demander pièces d'identité ou actes de naissance de chaque membre de la famille. La mère décroche un sac plastique cloue au mur dans lequel sont ranges soigneusement tous les papiers importants. L'aînée des enfants est une fille de 15 an qui a quitte PSE. Pourtant son frère cadet de 14 ans aimerait bien étudier. Mais PSE donne priorité aux filles et pose comme condition que l'aînée revienne suivre ses cours. Sophay essaye de convaincre parents et enfants sans pour autant les forcer. C'est un choix personnel.

 

Sophay a oublie de prendre une photo de la famille qui est un élément important du dossier. Je reviens donc et tente d'expliquer que j'ai besoin de tous les membres de la famille sur la photo mais comme je ne sais pas qui fait partie du foyer, qui du voisinage, j'ai besoin de l'aide de Sophay pour mettre de l'ordre dans tout ça. Le jeune enfant rentre a pied a l'école. Nous continuons avec l'autre jusqu'à sa maison. Nous devons laisser la moto car une grande mare d'eau coupe la rue. Une petite impasse sur la gauche mène au logis. Nous devons emprunter un chemin fait de planches en bois sur pilotis entourées d'eau saumâtre et jonchée d'ordures innommables.

 

DSCN2298La maison est une cabane en bois d'une seule pièce recouverte de tôle ondulée. Cette fois, pas même un lit, on doit dormir a même le sol. Une corde est suspendue a une paroi du mur et sert de tringle pour le maigre linge. J'ai le coeur serre de voir les conditions de vie de cette famille. J'essaye pourtant de ne rien en laisser paraître. Sophay immortalise les parents et leur deux enfants, bien droits. Ils sont vraiment très dignes et j'espère de tout coeur que leur dossier va être retenu par PSE car c'est vraiment déchirant de les voir vivre ainsi.

 

Nous retournons a l'école et recommençons les interviews d'enfants. Pendant la recréation, une foule d'enfants curieux se masse autour de nous au point que Sophay est oblige de leur demander de s'écarter pour le laisser travailler. Nous emmenons un autre petit enfant avec nous. Sophay interroge la grand-mère. La famille est logée par l'employeur du père. Ce dernier répond aux questions en cimentant des toilettes a la turque. Le logement "de fonction" est un simple appentis de tôle ondulée soutenu par deux piliers de bois, devant l'entrepôt de stockage. Il y a tout juste la place pour un grand lit avec un matelas sur lequel je suppose que s'entasse toute la famille pour dormir.

 

DSCN2299Voir des situations pareilles est juste inacceptable et donne envie de crier. Nous prenons encore quelques photos puis nous rendons a la dernière maison. Celle-ci est sur pilotis et donne sur une sorte de marécage, le fameux boeung tumpun, ou poussent quelques cultures d'herbe d'eau, comme on l'appelle ici, et que récoltent la plupart des familles que nous avons rencontrées.

 

Ici,ca respire presque la richesse : il y a un télé et même un magnétoscope, des meubles, une pièce séparée pour la cuisine. Sophay me montre la vue de la cuisine sur le marécage qui devient lac a la saison des pluies et sur lequel les familles se déplacent en bateau.

 

DSCN2300Le seul hic c'est qu'il y a quand même 11 bouches a nourrir avec quelques dollars a peine. L'aînée des jeunes filles est dans sa dernière année de lycée et la famille n'aura pas les moyen de l'envoyer a l'Université. PSE pourrait envisager de prendre en charge son université.

 

En ce moment, elle est en train de coudre des paillettes sur une robe traditionnelle en dentelle qu'elle mettra environ 4 jour a terminer pour la vendre environ 5$. Sa soeur est aussi a l'oeuvre. Nous prenons les photos de rigueur avant de prendre congé. Nous rentrons a PSE et Sophay copie les photos que j'ai prises pour les rentrer dans la base de donnée.

 

DSCN2308Je le remercie chaudement pour m'avoir emmenée et retrouve mes amis pour le déjeuner hebdomadaire au buffet du Lotus Blanc. Tandis que Mathilde nous raconte, enthousiasmée, sa matinée a la nurserie, je suis un peu plus mesurée sur la mienne qui fut bien éprouvante. C'est beaucoup a encaisser d'un coup et je ne sais pas comment les assistants sociaux tiennent le choc. Il faut des nerfs d'acier et une carapace bien blindée.

 

Le repas est comme d'habitude excellent. On est déjà rassasies a l'entrée mais on continue par pure gourmandise. Sur la fin du repas, Lulu vient nous rejoindre et nous raconte, comme d'habitude, toute sortes d'histoires passionnantes. Elle connaît maintenant bien la culture locale, nous parle de ses coins préférés au Cambodge, de ses rencontres avec les habitants des régions les plus reculées.

 

DSCN2314Elle est interrompue par une jeune fille qui n'a pas l'air d'aller bien fort. En effet, elle lâche a Lulu, a demi-mots, que son copain l'a battue et qu'il est encore rentre bourré samedi soir. Lulu lui dit de contacter tout de suite l'assistant social, la met face a ses responsabilités, lui disant qu'elle a fait le choix de quitter PSE pour retourner vivre avec ce copain qui est visiblement un vaurien. Elle lui demande aussi de lui envoyer son CV car la jeune fille est a nouveau sans emploi or elle aurait peut etre une piste pour elle. Encore un cas pas facile.

 

Nous retournons travailler. Je passe voir Sopheak et faire des copies pour mon cours du lendemain. Cette fois,je n'ai pas oublie mon cours de Khmer. J'avance a pas de fourmis. Une dizaine de nouveaux caractères, des mots de vocabulaires et quelques phrases basiques. Je compte désormais jusqu'à 10. Muoy, pi, bei, buone, pram, pram-muoy, pram-pi, pram-bei, pram-buone, dob ! Je vais pouvoir payer mon tuk-tuk et lui donner une heure de rendez-vous en Khmer ou presque...

 

DSCN2315Je m'installe avec les étudiants qui dorment a PSE et sont en train de dîner en attendant le rendez-vous avec Vibol a 19h30. Je fais signe a Phalla, m'arrete en chemin voir la minuscule Phorn Van, qui me dit que désormais elle me fera la bise chaque fois qu'elle me verra. Lulu est la aussi et me dit que mon tuktuk m'attend, quel tuk-tuk ? En effet, mon chauffeur a qui je n'avait pas dit de venir a pris l'initiative de lui même de venir me chercher après mon cours de Khmer. Mais c'est que ce soir Vibol nous emmène dîner chez Pitch en voiture !

 

Cela faisait bien longtemps que je n'étais pas montée a bord d'une vraie voiture. Je prend la place devant, faisant jouer mon droit d'aînesse. Chez Pitch, nous sommes accueillis a bras ouverts et dans un Français impeccable par Michel, 9 ans, le fils aine. Nous réalisons alors que Charlotte, la femme de Pitch est Française. Tout s'explique. Sopheak, Vichet, Sarath, Sovan et d'autres sont déjà la.

 

DSCN2316La soirée s'annonce tres sympathique. Nous attaquons a la bière au milieu des enfants. Mateo, 1 an, et Lucas, 3 ans. Ce dernier a bien failli me prendre ma bière. On apporte toute sortes de brochettes, dont, Sopheak n'aurait pas du me le dire, de l'estomac de poulet dont j'ai déjà avale deux morceaux et que je ne peux décemment pas recracher. Je finis courageusement ma brochette. Il y a aussi de la délicieuse viande crue marinée, le genre de truc a ne jamais manger dans un pays chaud comme le Cambodge, mais Charlotte nous assure qu'il ne devrait pas y avoir de risque. C'est juste délicieux.

 

La soiree s'anime. Tout le monde discute avec tout le monde, changeant de groupe regulierement, puis on commence a danser toujours devant la maison, pieds nus ou en chaussettes sur la table qui est en fait a meme le sol. Je joue un peu a jacadi a dit avec Michel puis nous entamons une danse traditionnelle Khmere. Les gens commencent a partir, beaucoup plus tard que d'habitude d'apres Charlotte et Pitch, qui mettent ca sur le compte de notre presence. Sovan qui a promis de nous raccompagner, est parti sans prevenir. Nous terminons avec le dernier convive qui fait voiture-ballet.

 

DSCN2317Nous avons passe une tellement bonne soiree que nous avons invite tout le monde pour demain a feter l'anniversaire de Leo au 54, un bar recommande par Pitch, qui en connait visiblement un rayon.

Publié dans Cambodge

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