Full day

Publié le par LAO.Nord

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Antigua, samedi 5 décembre,

6h45, mon réveil sonne. Je traîne encore un peu au lit puis file à la douche. Je termine mon petit dej et me rends à Nuestros Ahijados. Pas de volontaires ce matin. José León, un travailleur social, m'accompagne. Je lui demande de m'expliquer en quoi consiste son travail. Il se rend dans les familles pour vérifier le bien fondé de leur appel à l'aide. Certaines familles disposent d'une maison avec tout le confort moderne et peuvent vraisemblablement s'en sortir par eux-mêmes. D'autres, en revanche, vivent dans le dénuement le plus total, maisons en bambous, nattes à même le sol, 1 tortilla par repas et par personne, parfois un peu de citron et de sel pour agrémenter.

Il se trouve confronté à des situations dramatiques. Femmes seules pour élever leurs enfants, non scolarisés, sous-alimentés, le coeur gros de leur chagrin qu'elles s'efforcent de masquer. Il trouve aussi des enfants traînant sur les décharges à ordures à la recherche de quelque chose à manger. Il débusque toute forme d'esclavage moderne, notamment les enfants soumis aux travaux forcés, se prostituant parfois, battus quand ils ne rapportent pas de quoi remplir la gamelle. Il s'efforce d'apaiser la détresse physique, mentale ou morale.

DSCN6449Il me propose de l'accompagner lundi dans sa journée de travail. Cela m'intéresserait en effet beaucoup et je vais demander à Corinne, la coordinatrice de Nuestros Ahijados, si c'est possible. Il me laisse à Casa Jackson où j'attaque ma journée de travail par un peu de vaisselle laissée en plan. Je monte ensuite m'occuper des enfants. Je jette mon dévolu sur Lisa, un adorable gamine de deux ans qui ne marche pas et a de petites gambettes disproportionnées et amorphes. Elle est toute douce et s'attache très vite.

Je m'aperçois qu'Ileana doit être changée. Je lui donne son bain dans la foulée. J'enchaîne avec Rosa Amelia qui n'a plus que de l'eau tiédasse et a l'air de beaucoup moins apprécier ce moment de détente que sa petite compagne de chambre. Toutes deux ont été trouvées sur des décharges à ordures. Elles sont pourtant bien craquantes et en quête d'affection. José Manuel n'arrête pas de pleurer ce matin. Ses parents sont alcooliques et n'ont cure de le récupérer. J'apprends encore que deux petites filles ont été abandonnées à l'hôpital par leur famille.

Je donne à manger à Lisa alors qu'Eliseo crie à la mort, affamé. Je m'occupe de Claudia, petite porcelaine toujours en pleurs. Elle marche et court même comme une dératée, pieds nus. Un groupe de volontaires arrive les bras chargés de cadeaux. J'aide Lisa à ouvrir le sien, un baigneur aux grands yeux bleus presque aussi grand qu'elle. C'est déjà l'heure de partir.

DSCN6450Je rentre à la maison pour déjeuner. Dolores m'a préparé des chiles rellenos. Je repars presque aussitôt après le café. Je retrouve Esther, son mari John, Hayley et Stacey. Du renfort, ce n'est pas de trop. Cet après-midi, tous les enfants semblent en mal d'affection. Daphné, une adorable poupée aux yeux immenses et aux cils recourbés et charmeurs, ne supporte pas qu'on la laisse seule dans son lit.

Eliseo et María de Jesús trottinent dans leur petit fauteuil à roulettes. Je donne son melon à Lisa pendant que Jessica et María se débrouillent toutes seules. Le lait fraise a plus de mal à passer. Lisa déteste ça et refuse systématiquement de le boire, et je la comprends.

Je dois changer Jessica. Pendant que je vais lui chercher des vêtements de rechange, elle a trouvé moyen de sortir toutes les lingettes nettoyantes. Je lui fait un brin de toilette avec. La voilà propre comme un sou neuf et toute heureuse de retrouver sa chaise roulante. Elle ne trouve pas mieux que de défaire boules et guirlandes du sapin. Je suis en train de donner à manger à Daphné et ne peux rien y faire.

DSCN6451Je change le petit amour de José Eduardo et lui trouve un T-shirt à manches longues, deux fois trop grand pour lui. Je joue un moment avec lui. Il est très intrigué par la pochette de mon appareil photo. J'en profite pour lui tirer le portrait. María de Jesús m'entraîne pour sa ballade quotidienne au deuxième étage. Elle s'y amuse un moment et réussit même à marcher sans mon aide pendant un bref instant.

Ce soir, nous restons un peu plus à cause du nouvel horaire des repas. Je donne sa purée de frijoles à José Manuel qui a le bavoir tout noir. Le pauvre petit bout semble bien pris et doit s'interrompre régulièrement de manger pour s'éclaircir les bronches. Je berce un moment l'adorable miniature de María Juliana qui semble se calmer et ouvre de grands yeux à la découverte du monde qui l'entoure.

La nuit tombe et la relève arrive. Nous prenons le chemin du retour. Que l'on se sent bien. Stacey m'accompagne, histoire de se dégourdir les jambes. Je passe déposer mon linge à la laverie puis rentre dîner en famille. Je me pousse ensuite jusqu'au Café Rainbow qui fait de l'échange de livres. Les bouquins datent des années 70. Il y a ussi des livres d'occasion que l'on peut acheter. Les miens peuvent être repris pour quelques Quetzales. Je trouve le Lonely du Mexique tout neuf ainsi que le Routard 2008 d'occasion. Je me laisse le temps d'aller explorer d'autres options en ville. Je continue jusqu'au Café No Sé où Stacey va peut-être me rejoindre.

Publié dans Guatemala

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