La forêt de pierre

Publié le par LAO.Nord

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Kunming, Shilin, dimanche 28 mars,

Le réveil sonne. Dur, dur. Je me prépare et prends à nouveau le French breakfast avant de décoller. Sur le chemin du 64, je croise mon compagnon australien de ciné de la veille qui va acheter ses billets de train pour Nanning. Nous faisons route ensemble et il m'indique où prendre le bus 60 qui vient de me passer sous le nez. Je prends le suivant jusqu'au terminus, en dehors de la ville. A la gare routière de l'Est, je prends le prochain bus pour Shilin.

Je monte à bord et demande à quelle heure il part. Une jeune fille, qui parle Anglais, me répond dès qu'il est plein. Ça me laisse le temps d'aller prendre des munitions à la boutique voisine. Je ne trouve qu'une sorte de blé soufflé et de l'eau. Je grignote en route. Je rentre dans le site ultra-blindé de touristes chinois, c'était à prévoir, le lieu est hyper-touristique et de surcroît, c'est dimanche !

DSCN1323Les Chinois, en groupe d'une vingtaine, suivent leur guide, armé d'un petit drapeau de couleur. Ca braille dans tous les sens, on peut à peine passer dans les allées. Je renonce à baisser la tête et à attendre que les gens aient fini de prendre leurs photos tellement ça crépite dans tous les sens. Je sens que la crise d'agoraphobie ne va pas tarder. Déjà, je commence à maugréer en Français, c'est mauvais signe.

Je suis un groupe qui prends un petit sentier, les dépasse et me retrouve soudain, ô miracle, dans un coin tranquille. Je fais encore quelques pas sur le petit sentier, plus personne. Et le silence est d'or. Je peux enfin apprécier le paysage dont je n'ai pas vraiment pu profiter jusque là. J'étais à deux doigts de quitter le site, complètement écoeurée.

DSCN1325Le tourisme à la Chinoise est vraiment une expérience à ne pas recommander. Ils vous transformeraient n'importe quel magnifique site naturel en parc d'attraction à la Disney. Tout est balisé, petits sentiers bétonnés, poubelles pour mettre ses détritus, maisonnettes pour les toilettes, téléphones pour appeler si vous vous êtes perdus, bref, ça n'a plus rien de naturel.

En plus, les Chinois vont où on leur dit d'aller. Par exemple, là je me suis empressée de quitter l'allée principale pour me réfugier dans des petits sentiers secondaires. Le paysage est tout aussi joli, incomparablement plus calme, et authentique, mais non, ils s'agglutinent pour voir LE rocher qui a une forme comme ci ou comme ça, et prendre tous la même photo. Alors qu'il y a tout plein de rochers aux formes magnifiques et que chacun peut y voir les formes qu'il veut. Enfin, tant mieux pour moi, je fais une belle ballade de deux heures dans les petits sentiers, sans croiser personne d'autre que quelques employés du parc qui balaient au cas où on glisserait sur une feuille morte.

DSCN1338En sortant, terrorisée d'avoir à affronter de nouveau le bruit et la foule, je ne sais pas comment je me débrouille mais je sors du parc par un endroit pas balisé du tout mais finis par retrouver mon chemin et rejoindre la rue qui mène au terminal des bus. Je m'arrête en passant pour un tardif bol de nouilles bien épicé. Le prochain bus part à 16h30. Je patiente en visionnant mes photos de Chine dont je suis absolument ravie.

Le bus part et je bouquine un peu mon guide, me rafraîchissant un peu la mémoire sur l'histoire de Chine. Tout d'un coup, je lève le nez, le ciel a pris une mauvaise couleur jaune brunâtre, la visibilité est très faible. Kunming doit être sous la pluie et dans le brouillard. Au moment où je me fais ces commentaires, la pluie s'abat sur nous avec toute la violence d'un orage. Il n'a pas plu depuis six mois ici. C'est la sécheresse. Pourvu que ce ne soit pas le début de la mousson !

DSCN1364Soudain, le bus glisse sur la droite. Le chauffeur contre-braque et glisse sur la gauche de la chaussée. Il a complètement perdu le contrôle du véhicule et c'est la stupeur parmi les passagers qui émettent des bruits d'étonnement et d'incrédulité. Un troisième coup de volant, et cette fois-ci c'est le bon, nous partons dans le décor. Je suis au troisième rang, bien positionnée pour nous voir sortir de la bretelle d'autoroute et prendre la rambarde de plein fouet, droit dans un champ. Le bus pique du nez et s'arrête dans le fossé.

Ouf, mes genoux ont juste buté le fauteuil avant, rien de bien méchant. On ne devait pas aller très vite. Je préfère ça ici qu'au détour d'une route de montagne bolivienne ou péruvienne... Nous restons à bord du bus, penché vers l'avant, car a l'extérieur l'orage inonde la chaussée et le champ.

DSCN1371Le chauffeur passe plusieurs coups de fil, ne daigne pas s'excuser ni informer les passagers de ce qui va se passer (même en Chinois, j'aurais compris la teneur du speech s'il en avait fait un). Je m'apprête à rester ici jusqu'à la tombée de la nuit et décide de profiter des dernières lueurs du jour pour continuer mon histoire de Chine plutôt que de stresser à patienter.

Une demi-heure plus tard, un autre bus vient à notre secours et nous amène à bon port. Il me reste encore le 60 et le 84 avant d'arriver à la nuit à la maison. Je commande une pizza et une petite bière pour me remettre de mes émotions et m'attelle sur Internet pour mettre à jours les trois derniers posts, dont le dernier assez croustillant, je dois dire, il me démangeait de vous le raconter !

Publié dans Chine

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Christine 28/03/2010 21:22


et les Chinois eux-mêmes m'ont dit que le pire exemple de transformation d'un site en attraction disney était à Lhassa d'où notre manque de motivation...
quelle aventure ce bus !!! gros bisous


danielle.iriart@neuf.fr 28/03/2010 18:03


merci d'avoir précisé que tu es rentrée à l'auberge.....Ouf !