Pluies diluviennes

Publié le par LAO.Nord

Quetzaltenango, Antigua, dimanche 20 décembre,

Levée très tardivement. C'est tout juste si j'arrive à temps pour commander mon petit dej et faire le check out.  Le temps s'annonce encore désastreux et il n'est pas question de tenter à nouveau les sources d'eau chaude ni d'aller s'aventurer en haut du volcan Santa María. Je quitte les lieux sans regrets. D'ailleurs, quasiment tout le monde plie bagage. Je devrais en retrouver certains d'ici quelques jours sur Antigua.

Tous les convives de la veille sont là, un peu fatigués mais contents de la soirée. A la table voisine, une Nord-Américaine parle d'une association caritative similaire à Nuestros Ahijados et qui opère à Ciudad Guatemala, je l'écoute avec attention. Débarque ensuite, la charmante Anglaise de la veille au soir qui tient sa promesse de me donner son Lonely Planet du Mexique, je la remercie chaleureusement de ce geste" voyageusement" correct.

Je pars sous la pluie et monte à bord d'une camioneta pour le Terminal Minerva. Je dois traverser tout le marché inondé et quasi désert. Un bus part pour Chimaltenango dans 5 à 10 minutes. J'ai juste le temps d'acheter un peu de pain et de passer un coup de fil à la maison pour prévenir de mon arrivée. J'ai Don Augustin au bout du fil qui n'entends visiblement rien et me demande si c'est Christian. Il finit par me comprendre, du moins c'est ce qu'il m'a semblé.

Le bus est usé jusqu'à la corde. Je n'ai jamais vu de banquettes de sièges aussi élimées. Je dois changer trois fois de place car les places de devant sont réservées. Je me retrouve remisée tout au fond du bus puis arrive à trouver une place libre devant. Nous sommes en plein marasme météorologique. Pluie diluvienne, brouillard, les saisons ce n'est plus ce que c'était ma brave dame, dire que l'on est en pleine saison sèche c'est à n'y rien comprendre.

La température baisse drastiquement et j'ai tout juste chaud avec mes deux polaires et ma parka. Mon espoir de voir le temps s'améliorer en m'approchant d'Antigua diminue au fur et à mesure que nous approchons. A Chimaltenango, le chauffeur me largue et m'indique le chicken bus pour Antigua. Il est entouré de part et d'autres de gigantesques mares de boue. Je passe mon sac à dos à l'ayudante qui le jette sur le toit sans ménagement. Mon dieu, il va être détrempé. Je monte à bord et le bus est comble. Je me coince tant bien que mal debout dans l'allée centrale.

Des passagers descendent et une grosse mémère m'entraîneavec elle, ne pouvant pas passer à côté de moi dans le couloir central. J'ai les pieds qui ne touchent plus le sol et je suis obligée de crier pour qu'elle lâche prise. Je descends finalement avec le flot puis remonte à bord. J'ai en mémoire la première scène du film de Frida Khalo et je n'attends plus que le moment où le bus va rater un tournant sous la pluie battante et où je vais me retrouver catapultée sur la chaussée la barre de ferre bien serrée entre les mains.

Au village juste avant Antigua, je trouve finalement une place assise. Je repère ensuite l'endroit le plus proche de la maison pour descendre avant l'arrivée au terminal et m'éviter ainsi une petite trotte sous la pluie. Le chauffeur me passe mon sac détrempé que je cale néanmoins sur mes reins. Mon jean s'imprègne de pluie. J'arrive enfin à la maison, dégoulinant accueillie par le grand sourire de Lorena.

Je sors toutes les affaires de mon sac. Mon duvet est à tordre. Heureusement la plupart de mes effets sont enrobés dans des sacs plastiques qui ont bien colmaté l'inondation. Alison vient constater l'ampleur des dégâts. Elle me montre ensuite la crèche qu'ils ont préparée. Je reviens passer un coup de serpillière dans ma chambre puis enfile mes gros godillots et m'apprête à ressortir afin de m'abriter dans un cybercafé. Je précise à Dolores que je ne rentrerai pas dîner vu que je ne l'ai pas prévenue beaucoup à l'avance, c'est dimanche, je ne veux pas recommencer les hostilités.

 

Je passe une heure et demie au cyber du coin. Je sors de là, à moitié gelée, et vais me réfugier au Café Kafka. Je commande une "super zanahoria", une soupe de carottes au gingembre et à l'orange, une touche d'originalité dit le menu. En effet, ce n'est pas commun mais très bon et tout à fait ce qu'il me faut par cette pluie diluvienne qui n'a toujours pas cessé. Je regarde un film de science fiction avec un Américain qui vit ici. Il m'annonce que demain la pluie devrait continuer !

 

Le film, Resident Evil 3, est assez inapproprié quand on est en train de manger et je plonge à plusieurs reprise le nez dans ma soupe de carotte pour ne pas voir les combats avec les monstres défigurés mais rien ne m'empêche d'entendre les splosh des couperets de Milla Jovovich. J'enchaîne avec le film Body of Lies de Ridley Scott avec Leonardo Di Caprio et Russel Crowe, dans le milieu de l'anti-terrorisme au Moyen-Orient, qui me plaît beaucoup mieux. Quand le film se termine, la pluie a finalement décidé de s'arrêter de tomber et je peux rentrer au sec à la maison.

Publié dans Guatemala

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