Premier cours, S-21, texto du soir

Publié le par LAO.Nord

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Phnom Penh, samedi 8 mai,

 

Levée 6 heures. Je saute du lit, réveillée par l'alarme des voisins. De façon surprenante, beaucoup de monde debout de bonne heure ce matin. Mon chauffeur est encore en avance et nous partons des 7 heures. J'arrive en même temps que les écoliers. J'assiste au lever du drapeau. Je rencontre la classe des étudiants en première année de high level. Le cours de marketing porte sur l'élimination d'un produit de façon a laisser de la place pour promouvoir les nouveaux lancements.

 

Pour la deuxième heure, j'ai la parole. J'ai un peu peaufiné mon discours de la veille et suis, une fois de plus, assaillie de questions. Les étudiants me remercient chaleureusement pour mon intervention. Ils sont adorables. Je retrouve ensuite la classe de deuxième année de medium level. Ils installent le rétroprojecteur pour ma présentation. Des le premier slide, je réalise que j'ai utilisé des termes tres techniques et qu'il va falloir illustrer. Je prends un exemple bien concret que je vais filer tout au long de la présentation afin d'illustrer mon propos et le rendre plus parlant. Je réalise aussi que le sujet est un peu obscur pour eux et que la présentation est un peu longue.

 

Le professeur doit traduire en khmer pour une meilleure compréhension des étudiants. Ils s'accrochent, posent des questions, essaient de bien assimiler les concepts que j'explique. Quand je demande du feedback, tous remercient et une jeune fille me dit même "I love your smile". Je ne sais pas trop comment le prendre ? Le professeur semble satisfait également. A la fin du cours, quelques étudiants viennent me voir pour clarifier certains points, n'ayant pas osé s'exprimer en public. Certains me soumettent des questions qu'ils aimeraient aborder la prochaine fois, la cloche ayant sonné avant qu'ils n'aient pu les évoquer.

 

Je reprends mon tuk-tuk, saluée par les élèves. Je demande a me faire déposer au marché russe qui ne s'avère pas du tout situé a l'endroit ou il est positionné sur le plan de mon guide. Je mets un moment avant de me situer. Je suis bien plus au sud de la ville. Je marche en plein cagnard, espérant trouver un resto. Je passe devant le wat Tuol Tom Poung, dont je fais rapidement le tour.

 

Apres avoir bien transpiré, je trouve un resto ou il y a pas mal de Cambodgiens, non loin du Musée du Génocide. Je m'y arrete et commande un boeuf au choux fleur, mais les légumes n'ont rien a voir avec du chou fleur et sont a peine cuits. Je mange surtout la viande et cela suffit largement car, par cette chaleur, apres quelques bouchées, on est déja rassasié. Pour une fois, j'ai commandé un Coca, car la chaleur m'a oté toutes mes forces.

 

Je pénètre dans le musée Tuol Sleng, accueillie par un aveugle et un unijambiste, victimes des khmers rouges. Le musée est en fait une ancienne école, construite par les Français, et reconvertie en prison et centre de torture sous le régime khmer rouge. On y trouve des panneaux entiers de photos des victimes, recensées avec minutie par leurs bourreaux. Pas un sourire sur les photos, il va sans dire, des visages durs, effrayés, émaciés, des femmes avec leur bébé, des enfants, des hommes sans bras, d'autres, allongés dans leur cellule, le corps rachitique, a peine vêtus de guenilles.

 

Les cellules minuscules ont été conservées. La visite des salles de torture est éprouvante. Un lit en métal au centre de chaque pièce avec une photo en noir et blanc d'un corps torturé baignant dans son sang. Une salle présente l'histoire du régime et la vie au temps du régime. Camps de travail, y compris pour les enfants.

 

Une autre salle présente le récit de gardiens de la prison, parfois très jeunes avec leur photo d'alors et, en regard, celle d'aujourd'hui. Les clichés de l'époque présentent des visages durs et fermés, même chez les adolescents. Celles d'aujourd'hui présentent des traits fatigués mais ré-humanisés des personnes exerçant leur nouveau métier ou dans la vie quotidienne. Le temps semble les avoir adoucis mais eux aussi ont été marqués a vie et victimes de ce système de terreur. Ils ont choisi de survivre, d'épargner leur famille ou se sont portés volontaires avant d'avoir réalisé l'horreur du régime.

 

Une autre salle présente des récits sur des victimes par leurs proches ayant survécu. Toutes les couches de la société sont représentées. On termine par une salle sur les tribunaux jugeant les auteurs des crimes et la redécouverte de leur histoire dans toute son ampleur par les Cambodgiens d'aujourd'hui.

 

Il est saisissant de lire qu'une sorte de couvercle a été mis sur le génocide cambodgien par la communauté internationale et l'ONU, refusant de reconnaître le gouvernement vietnamien ayant dirigé le Cambodge après la chute des Khmers Rouges et maintenant un siège a l'ONU pour le régime Khmer Rouge. La guerre froide et le traumatisme de la guerre du Vietnam n'y sont pas pour peu. Encore aujourd'hui, la route est longue avant la fermeture des plaies. Le pays a été laissé avec un quart de sa population en moins et 70% de femmes pour se relever de l'horreur.

 

Je ressors du musée sans avoir pu voir le documentaire uniquement projeté deux fois par jour. Je prends un tuk-tuk pour rentrer et regarde le coucher du soleil en discutant avec Lilli qui est victime, elle aussi, d'une méchante bactérie. Nous dînons ensemble d'un plat de porc a l'ananas. Je n'ai pas le courage de ressortir pour aller sur Internet. Je me couche de bonne heure, mettant a jour mon journal, interrompue par un texto envoyé par Sokleng, une étudiante en première année de high level, me demandant pourquoi je ne reste pas plusieurs mois ou un an pour enseigner aux étudiants de PSE.

Publié dans Cambodge

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Christine 14/05/2010 11:51


Coucou
ils sont bien motives tes eleves...ca doit faire plaisir...en tout cas chapeau : je vois vraiment pas comment je pourrais donner un cours de marketing et surtout repondre a tant de questions...
PP semble une ville bien sympa a part qu on dirait qu il y fait trop chaud en ce moment. Ici on gele, cest la misere. Tu rentres courant juin ou juillet ? Gros bisous "Prof LAO" ;-)


LAO.Nord 14/05/2010 14:33



Oui, c'est assez impressionnant. Rien a voir avec les étudiants francais qui raclent des pieds pour aller en cours. Pour l'instant je prends un peu des sujets a moi pas forcément si marketing que
ca, j'avoue que la théorie est bien loin.


La ville est effectivement bien agréable s'il faisait juste un peu moins que 39, c'est l'un des pires mois de l'année apparemment et une année particulierement chaude, meme les Cambodgiens disent
qu'il fait trop chaud et transpirent sang et eau.


Ca y est, je viens de prendre mon billet hier. Je pars le 30 juin de PP et serai a Paname le 1er juillet, 365 jours exactement apres le départ. J'aurai une longue escale a Kuala (presque 10
heures) ou je pense aller faire un petit tour.


Bises et a tres vite maintenant.