Villages et minorités ethniques

Publié le par LAO.Nord

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Banlung, samedi 26 juin,

 

Levée 7h15. Je retrouve Khieng mon chauffeur et guide pour la journée. Il m'emmène prendre le petit déjeuner dans un resto au bord de la nationale. Il me laisse a peine le temps de dire ouf qu'il a commandé un énorme bol de nouilles de riz avec plein de viande, j'aurai préféré quelque chose de végétarien pour le petit déjeuner. J'avale tant bien que mal ma soupe et mon thé rempli a ras bord de glaçons...

 

Il m'emmène ensuite dans son village qui est en fait au carrefour de Ya Laom. Rien de très intéressant si ce n'est qu'il s'agit de l'une des nombreuses minorités qui peuplent la région, les Tampouns. Pas d'eau, pas d'électricité. Des maisons sur pilotis, moult poulets et cochons, quelques enfants qui semblent ravis de me voir, des femmes rinçant et remplissant des sortes de calebasses qui leur servent de réserve d'eau potable. Cette opération se fait dans un trou a même la terre qui n'est pas assez profond pour s'appeler un puits et n'est pas non plus une eau de source. Je me demande bien comment ils ne s'intoxiquent pas avec ça... L'autre méthode pour attraper de l'eau et très pratiquée ici est d'avoir de grandes jarres sous la gouttière des maisons.

 

DSCN3531Par ci par la de minuscules champs de cultures vivrières ou poussent pele mêle mais, aubergines, oignons, gingembre. Un peu plus loin une sorte de grand totem duquel partent 4 branches de bambous sert de lieu de sacrifice. En effet, les Tampouns ne sont pas bouddhiste comme la plupart des Khmers mais animistes. Lorsqu'une personne est malade ou atteinte de folie, on sacrifie un poulet ou un boeuf. Une sorte de maison communale est réservée aux réunions du villages pour prendre les décisions importantes. Elle aussi est ornée de décorations symboliques pour faciliter la prise de décision faite en présence des esprits.

 

Une pratique qui semble courante ici et qui ne l'est pas du tout chez les Khmers est que les femmes semblent fumer la pipe ou la cigarette sans tabou aucun. Khieng me montre des branchages qui barrent l'entrée d'une maison. Cela signifie que quelqu'un doit être malade ou que la maison est en deuil et qu'il ne faut surtout pas y entrer sans permission. Nous passons ensuite un groupe d'enfants perchés dans un arbre ou leur parents leur ont pourtant défendu de grimper, plaçant même des ronces pour les dissuader, rien n'y fait ils sont trop friands des ces petits fruits très acides.

 

DSCN3534Nous gagnons le village voisin ou une petite fille qui séchait ses larmes part dans des hurlements de terreur en me voyant arriver. Apparemment, c'est tout récent que les enfants se soient habitués a la présence d'étrangers dans le village. Il y a peu encore, tous fuyaient, terrifiés. La maman me montre quelques tissus fait maison sur un métier a tisser on ne peut plus antique. Une toute jeune fille est d'ailleurs au travail.

 

Nous rentrons ensuite déjeuner dans la maison de Khieng ou sa soeur a préparé un repas en mon honneur. J'avoue que je ne suis pas emballée par la soupe aigre-douce. Ils ont pourtant été acheter de la viande spécialement pour moi, une sorte de cerf apparemment. L'autre plat est une sorte de gloubiboulga de riz pilé franchement écoeurant. Je fais un effort sur le premier plat, pourtant très épicé mais le second ne passe vraiment pas. Heureusement, Khieng comprend que je n'ai pas l'habitude de déjeuner a 11 heures du matin, surtout après un gros plat de nouilles a 8 heures. Je m'arrête donc après ce que je considère décent. Je n'arrive même pas a me motiver pour prendre du fruit du jacquier dont je ne suis pas fan.

 

DSCN3537Pendant le repas, la pluie a commencé a tomber. J'enfile donc ma cape de pluie et nous nous dirigeons vers la cascade. Nous prenons un chemin de terre mais je suis obligée de fermer les yeux tellement il pleut fort, je n'ai évidemment pas de casque, encore moins de visière. On s'arrête pour laisser passer le grain sous le auvent d'une maison.  Nous arrivons ensuite a la cascade qui est toute boueuse a cause de la pluie. Pas question de s'y baigner aujourd'hui.

 

Nous repartons pour visiter le dernier village. Un ami de Khieng y a épousé une jeune femme d'une autre ethnie. Dans ce grand village, 4 communautés cohabitent paisiblement,  Kran, Prao, Lao et Khmers. Khieng me désigner les différents types de maisons selon l'ethnie de la famille. Il se trouve qu'aujourd'hui il y a une célébration car une personne est malade. Un arbre-totem similaire a celui du village de Khieng est orné d'une tête de buffle qui a été sacrifié. Khieng me demande de ne pas prendre de photos et de ne pas m'approcher du groupe des hommes célébrant en musique car ils risqueraient de nous inviter a boire et ils sont déjà bien éméchés.

 

DSCN3553Un groupe de femmes sont assises en cercle sous un arbre. L'une d'elle épouille un enfant, une autre allaite, toutes papotent tranquillement. Nous terminons notre tour du village puis regagnons la maison de l'ami de Khieng ou un médecin-devin est en train de fixer une bougie sur un oeuf et de préparer des offrandes. Le nouveau-né du foyer pleure anormalement et les parents voudraient bien savoir ce qu'il convient de faire et s'il est nécessaire de l'emmener a l'hôpital, cette dernière solution étant la ressource ultime car c'est loin et très cher.

 

D'ailleurs, la plupart des vieilles femmes du village m'ont demandé soit du collyre pour les yeux soit des médicaments contre la toux, la tuberculose sévissant gravement dans la région. Khieng inscrit au charbon de bois sur le mur de la maison le numéro de téléphone d'une ONG spécialisée dans le soin de cette maladie.

 

DSCN3559Nous rentrons a Banlung. Khieng fait une petite pause pour boire une canette dans une maison au bord de la route. Un jeune n'en semble pas a sa première bière de la journée et me répète hello pour la troisième ou quatrième fois ce qui commence un peu a m'agacer. J'ai un gros coup de barre et préfère rentrer tout droit a l'hôtel même si Khieng me dit qu'il reste une demi-heure, une heure avant son match de volley.

 

Je reprends le très bon fruitshake mais ils ont un peu forcé sur l'avocat cette fois-ci. Je discute un peu avec une Anglaise puis vais prendre ma douche et m'allonger pour la sieste mais le moment est passé et je n'arrive pas a dormir. Je me repose donc tranquillement en lisant mon livre. En fin d'après-midi, je décolle pour le centre-ville ou je réserve mon billet de bus pour Kratie le lendemain a 6h30. Un motodop me conduit au resto de Sal qui est sur une route de terre assez improbable mais très accueillant. 

 

DSCN3565Sal est une mère abandonnée par son mari et elle a une vie bien remplie. Elle vient de baigner son bébé et ne peut pas s'occuper tout de suite de ses clients qui heureusement sont des habitués. Tania est la et me sert une bière derrière le comptoir. Deux amis sont la. Une jeune femme qui fait une sorte de lobbying contre les barrages qui polluent les eaux des rivières et rendent malades les habitants qui s'y baignent et s'y abreuvent. Elle a longtemps travaillé a Banlung, vit maintenant a Phnom Penh et va bientôt partir vivre a Bangkok.

 

Les plats arrivent au compte goutte car Sal est seule aux fourneaux. C'est très bon en tout cas. Les amis de Tania s'en vont et nous disent de venir voir la lune. Effectivement, elle est en forme de croissant alors qu'hier elle était pleine. On dirait bien que nous assistons a une éclipse de lune. Tania me raconte ensuite sa traversée de l'Altiplano bolivien a vélo entre La Paz et le Nord du Chili, sans rien en poche si ce n'est son maillot de bain ! Elle pense aller jusqu'en Mongolie a vélo depuis Phnom Penh, je lui dit quand même de se méfier de la Chine ou les montagnes sont quand même facilement a 4000 mètres et ça risque d'être une vraie aventure. Elle aime visiblement bien partir a l'aventure sans trop d'idée de la géographie qui l'attend...

 

DSCN3569Vincent nous rejoint et s'émerveille lui aussi de la lune. Nous retournons voir et l'éclipse se termine en effet bientôt. Vincent travaille pour éviter de perdre la médecine traditionnelle dans les villages. En effet, les habitants ont pris l'habitude de recevoir sporadiquement l'aide d'ONG qui les ont accoutumées a la médecine occidentale. Mais des que l'aide s'arrête, les familles n'ont plus les moyens. Or les médecins traditionnels qui savaient guérir un certain nombre de maladies, ne sont plus remplacés par les jeunes générations. Le métier est ingrat. Il faut partir dans la jungle et prendre des risques de tomber malade justement pour cueillir les plantes nécessaires. Vincent termine d'écrire un livre recensant les soins efficaces dans le but de le diffuser dans les villages afin de ne pas perdre cette médecine de base si importante dans les régions reculées et qui n'ont pas accès a la médecine occidentale.

 

Vincent est un passionné. Il a fait des études de finance pour remplir son contrat auprès de ses parents mais il est maintenant impliqué dans cette ONG depuis 4 ans, au point qu'il refuse de se payer le salaire de 350$ par mois qui lui suffirait a vivre. Il a maintenant 31 ans et continue a se faire sponsoriser par ses parents. Il voudrait bien passer la main mais qui voudrait venir vivre ici sans salaire pour faire ce travail ? Il va au moins finir son livre et le diffuser. Il me raccompagne gentiment jusqu'à mon hôtel car la maison de Sal, bien que très agréable, a le défaut d'être isolée du centre et les motodop, ne passent pas par ici, voire ne connaissent pas le lieu.

Publié dans Cambodge

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